Votation du 18 mai sur les soins médicaux de base : la médecine doit rester une profession libérale

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Le contre-projet à l’initiative populaire «Oui à la médecine de famille» soumis à votation présente aux yeux du Conseil de l’AMG autant d’inconvénients que d’avantages.
L’AMG ne peut que saluer et soutenir un texte de loi qui encourage la médecine de famille: elle s’est constamment engagée avec force aux côtés des médecins de premier recours pour préserver le libre choix du médecin, la relève médicale et la qualité des soins. L’AMG s’est battue contre chaque décision fédérale défavorable à la médecine de famille et a souvent été à l’origine de luttes reprises au niveau national. Notre association a participé à l’ensemble des mouvements en faveur de la médecine de premier recours.
Le risque de ce contre-projet est que l’on nous paie de mots, d’autant que l’action concrète des autorités fédérales durant ces dix dernières années incite à la méfiance : 

  • Depuis 10 ans, la médecine de famille a été déclassée: on l’a de fait privée de la radiologie et du laboratoire, qui sont deux outils essentiels pour une médecine de qualité, on a également dévalorisé les visites à domicile. Comment s’étonner alors que la relève ne suive pas ?
  • L’alinéa 2, lettre b donne à la Confédération le devoir de légiférer «sur la rémunération appropriée des prestations de la médecine de famille»: comment avoir confiance, alors que l’autorité fédérale refuse de s’écarter du dogme de la neutralité des coûts, qui est inacceptable pour notre profession ? Il faut savoir que le pouvoir d’achat des médecins est en effet en baisse constante: aujourd’hui, à Genève (où la vente de médicaments en cabinet est interdite), un bon médecin de famille, qui choisit de travailler 40 heures, a un revenu égal à celui d’une infirmière travaillant aux HUG. Et le point de rupture semble atteint pour l’ensemble de la profession.

En outre, l’article 117, al. 1, lettre a présente le risque d’une possible dilution de la médecine de premier recours dans la notion peu précise des soins de base: au lieu du signe fort attendu en faveur d’une affirmation du rôle central des médecins en termes de responsabilité et de décisions thérapeutiques qui permette une relève de qualité, la médecine de famille est englobée dans «les professions des soins médicaux de base» et donne à la Confédération le droit de fixer «les conditions d’exercice de ces professions».
La mainmise de la Confédération sur les conditions de travail et sur les tarifs pourrait ainsi s’avérer un danger qui menace, voire annihile les attentes justifiées de revalorisation qui ont fait le coeur des revendications des médecins de famille.
C’est pourquoi, tout en soutenant l’intention positive de ce contre-projet, qui mérite d’être soutenue, le Conseil de l’AMG a choisi – avec le plein appui du Groupe des Médecins de famille de Genève – de ne pas donner de recommandation de vote: le 18 mai, vous voterez OUI ou vous voterez NON, mais vous le ferez en étant conscient des conséquences possibles de votre choix.
Michel Matter