La tombe des assureurs (Edito de La lettre de l'AMG d'octobre 2015)

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Les chiffres de la hausse des primes d’assurance-maladie ont été révélés: + 4% sur l’ensemble du territoire suisse, avec des pics de + 10% pour certains assureurs. Cette inexorable ascension sans perspective est insensée. C’est le financement du système de la santé qui ne va plus. Le goutte-à-goutte de la perfusion se vide inexorablement. C’est une mort lente et certaine.
A Genève, la hausse annoncée sera de 4,8% en 2016 en moyenne avec une prime moyenne de 523.50 francs. Les primes de l’assureur low-cost Assura augmentent de 9,5%! Notre ministre, M. Mauro Poggia estime que les coûts de la santé n’ont progressé entre 2013 et 2014 que de 1,26%. Ce ras-le-bol du magistrat s’exprime en gras sur la manchette de la Julie: «Genève est le dindon de la farce».
Il y a tout juste un an, le peuple suisse était appelé à se prononcer sur l’idée d’une caisse publique. Plébiscitée par la majorité des cantons romands et toutes les régions francophones, elle n’a pas trouvé grâce outre-Sarine. Les débats avaient été intenses et la contradiction forte. L’AMG avait soutenu ce projet. Notre slogan était: «Marre d’être pris pour des dindons ». Douze mois plus tard, sans surprise, le gallinacé est de retour.
Cet étranglement de la capacité des ménages à pouvoir payer les primes atteint son paroxysme et la colère gronde. Ce sont les enfants et les jeunes adultes qui connaissent les hausses les plus importantes. Par exemple, l’augmentation des primes d’assurance-maladie pour les enfants est de plus de 14% dans le canton de Neuchâtel (+ 6,8% à Genève pour cette catégorie d’assurés). Ce transfert sur les familles est lourd à supporter.
Mme Verena Nold, directrice de Santésuisse, a immédiatement reparlé de la fin de l’obligation de contracter. Ce n’est pas une surprise de constater que, année après année, les assureurs reviennent sur ce sujet refusé avec force par le peuple suisse en 2008 et 2012. Laisser les assureurs choisir les médecins, supprimer la possibilité du patient de choisir son docteur, c’est non. Les pleins pouvoirs concentrés dans les mains des assureurs seraient un cataclysme. Avant le vote sur la Caisse publique, le Parlement fédéral nous avait promis un progrès – pourtant édulcoré lors des délibérations – dans la transparence par l’adoption de la nouvelle loi sur la surveillance de l’assurance-maladie. C’était un leurre de plus: sa mise en oeuvre et son texte même sont aujourd’hui contestés par les assureurs. Les assurés-citoyens pourraient bientôt en avoir assez de ces écrans de fumée et des promesses sans lendemain!
Nous avons toujours dénoncé la chasse aux bons risques, véritable pilier néfaste du système de l’assurance de base. Il est vrai que l’assuré jeune et en bonne santé coûte moins cher. La maladie n’est pas un choix. Assura a annoncé des hausses massives de ses primes (entre 7 et 14%), car depuis deux ans cet assureur fait face à une augmentation de plus de 200 000 nouveaux assurés souvent âgés ou fragiles tant son attractivité s’est retournée contre ses fallacieux principes de recherche obsédante des bons risques. Là encore, une vision à court terme: CQFD.
La dernière trouvaille concoctée par M. Alain Berset montre bien la difficulté du ministre à agir dans ce marasme, lui qui a été à la fois pour et contre la Caisse publique. Il s’agit de la suppression des franchises de 1000 et 2000 francs et surtout de la diminution des avantages offerts par les franchises élevées. Ce nouveau report d’une partie des frais médicaux sur les assurés conforte l’évolution constatée ces dernières années: le citoyen est le dindon du système. Ainsi, la manne payée par chaque assuré a explosé, l’Etat et les assureurs demandant que toujours plus d’argent sorte de la poche du citoyen.
Les assureurs rêvent de transférer l’ambulatoire hospitalier dans les mains de l’Etat et donc d’imposer des paiements par pathologie comme en stationnaire, les DRG, où l’Etat serait en charge de 55% des factures. Les assureurs tentent ainsi de sauver leur face ternie par leur opacité et leur approche mercantile. La santé n’est pas au service des affaires d’argent. Le scandale des réserves accumulées dans les cantons avec une redistribution fédérale décidée unilatéralement par les assureurs est une plaie ouverte.
La forte hausse des primes pour 2016 était prévisible et découle du rattrapage des augmentations trop faibles annoncées l’an dernier à la veille de la votation sur la Caisse publique… Un tel rattrapage avait déjà eu lieu au lendemain du refus de l’initiative sur la caisse unique en mars 2007. La manipulation et la farce se répètent.
Alors oui, les assureurs creusent leur tombe, c’est une certitude. Leurs suppôts parlementaires à Berne passeront sans doute entre les gouttes de la sanction populaire lors des votations fédérales, mais ils devront composer avec le ras-le-bol et la grogne des citoyens.
Trop c’est trop ! Le financement du système de santé est à bout de souffle et le mur se rapproche : la mort cérébrale est programmée.
Michel Matter
Erratum : dans mon édito du mois de septembre, je citais le Dr M.-A. Raetzo: celui-ci nous fait justement remarquer que c’est bien sûr à une «défragmentation» du système de santé et à une réorganisation de l’équipe soignante autour du médecin de premier recours qu’il appelle, et non à une «fragmentation» comme cela été malencontreusement écrit. Nos excuses à l’intéressé ! (MM)

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