Ne pas oublier trop vite l’impact psychique de la crise sanitaire

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L’Homme à travers les âges a dû affronter toutes sortes de bouleversements, climatiques,  économiques et sociaux, des guerres ou encore des pandémies. Il s’est toujours relevé. Cette résilience est sa force. Dépasser les crises, se réinventer, panser les plaies ne s’accompagne pas toujours de la mémoire des conséquences de ces désastres sur nos sociétés. Qui se rappelle, dans notre mémoire collective, des pestes qui ont décimé le Moyen-Âge,  de la grippe espagnole de 1918 ou de celle plus récente de Hong Kong ? 

La crise que nous traversons a eu un impact psychique, parfois même traumatique.  Nous allons devoir y repenser au cours des prochains mois par un travail d’élaboration individuel et collectif. Il faudra revenir sur tous les aspects de ces journées plus que particulières, marquées par la peur d’un virus invisible, par des angoisses de mort, par des mesures sanitaires inédites, avec confinement, puis déconfinement, par une vie familiale maintes fois repensée, et des conditions de travail incertaines. Pour d’autres, il faudra faire face à des pertes et à des deuils.

La santé de l’ensemble des soignantes et des soignants nous préoccupe après des semaines de travail intensif, de pression constante, parfois d’immersion prolongée dans des unités de soins dévastées par le virus, sans possibilité de récupération. Il faut espérer que s’il y avait une deuxième vague,  ce ne soit qu’une vaguelette. Le soutien  pour le personnel de soins ne doit pas être oublié, en particulier en offrant une accessibilité facilitée aux soins psychiques.

La population a traversé une période de bouleversement, et avec la rupture des liens intergénérationnels, les familles avec enfants se sont retrouvées seules face à l’éducation scolaire ou à la garde des petits, chacun devant réinventer son lieu de vie, renoncer aux loisirs et aux voyages. Le confinement même allégé selon le modèle suisse aura été une épreuve difficile pour de nombreuses citoyennes et de nombreux citoyens. Et d’un coup, le déconfinement annoncé a créé chez beaucoup une angoisse nouvelle, celle du retour dans des lieux possiblement contaminés. Retourner sur son lieu de travail, ramener les enfants à l’école, reprendre les liens sociaux, sans se serrer la main ou se faire la bise, là encore beaucoup à dire sur ces bouleversements. La consommation d’alcool, de cigarettes ou de substances illégales a augmenté, comme signe tangible des craintes liées à cette période de crise et des ruptures d’équilibre chez les plus fragiles.

Les femmes ont beaucoup donné durant cette crise, même si elles ne sont pas les seules. En première ligne dès les premières heures de la pandémie avec plus souvent des métiers à risque, elles se sont montrées fortes et solidaires. Caissiers, vendeurs, enseignants, infirmiers, aides-soignants, où tout autre métier qui oblige de se retrouver au contact direct des autres sans recours possible au télétravail, auront su par leur activité et leur détermination répondre à l’impensable, à l’extraordinaire, et dans ces métiers les femmes sont majoritaires. La pression a donc été particulièrement forte sur elles, entre vie professionnelle et vie familiale, en plus des tâches quotidiennes qu’elles assument à longueur d’année.

Il ne faut pas oublier les seniors, qui ont particulièrement souffert durant cette période d’isolement. Face à un  risque vital mal connu, et trop rapidement pointés du doigt, et cela même dès 65 ans, ils ont été « surprotégés » mais aussi insécurisés par les limites supposées des capacités hospitalières. Pour beaucoup de personnes âgées, c’est la crainte de mourir seul, loin des siens, sans possibilité de leur dire adieu, de serrer tendrement ceux qu’on aime, qui a été le plus difficile à vivre. Dans les établissements médicaux-sociaux, trop souvent complètement isolés du monde extérieur, la situation a été particulièrement douloureuse pour les pensionnaires. Les contacts, possibles seulement à travers un écran, ne remplissent pas leurs attentes de fin de vie. Leur liberté de choix a été remise en question. D’autres aînés qui vivent en appartement ont pris sur eux de ne pas cesser de rencontrer leur famille, en intégrant autant que possible les mesures sanitaires, car, comme l’ont dit plusieurs, « je crains plus mon âge que le virus et je ne mets que moi-même en risque, c’est mon choix ». Le travail auprès de ces aînés qu’ils soient vulnérables ou en bonne santé doit nous apprendre à mieux les écouter et surtout à être au plus près de leurs attentes durant cette crise.

Nous avons tous dû affronter des images terribles, comme pour les attentats des tours jumelles, celles des hôpitaux submergés, des lits alignés avec des malades inconscients, sous respirateurs, des cercueils enterrés à la va-vite, en devant en plus envisager que cela pourrait déferler ainsi sur la Suisse. Cela n’a pas été le cas heureusement, mais ces images traumatiques pourraient nous accompagner encore. Et il faudra continuer à soutenir ceux qui ont été trop ébranlés, sans leur opposer des coûts de la santé hors « indices Anova ». 

Monique Gauthey

Vice-Présidente de l’AMGe

Michel Matter

Président de l’AMGe

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