En médecine, le «less is more» doit devenir la norme

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L’évidence est souvent définie comme le contraire des croyances. Seulement, en médecine, il a fallu réaffirmer la notion d’une médecine dite plus «intelligente» car moins dispensatrice en traitements et examens effectués. Le principe de ne faire que ce qui est utile semble une évidence. Pourtant, ce phénomène n’a que quelques années et nous vient tout droit du continent nord-américain. Faire moins pour soigner mieux, telle est la base de la réflexion mise au bénéfice du patient.

Pourquoi c’est nécessaire. L’habitude prise pendant de nombreuses années à faire «tout» pour le patient en multipliant les examens et les traitements est un temps totalement révolu. Les coûts de la santé ayant explosé dans de nombreux pays et la charge financière pour les assurés étant difficilement supportable, les pistes pour poursuivre la haute qualité des soins sans porter préjudice au malade se sont développées. smarter medicine est la plus aboutie car la plus simple à mettre en place, si l’on part du principe du maintien d’une haute qualité de formation médicale et chirurgicale et que les incitatifs économiques des prestataires de soins sont étroitement suivis et analysés.

Quand la directrice des finances des HUG, Mme Brigitte Rorive-Feytmans, dans l’émission de la RTS Infrarouge, dénonce le fait que trop de clichés de radiologie standard sont effectués avant une simple intervention chirurgicale, cela va exactement dans le sens de la smarter medicine. Que la patronne des finances d’un hôpital universitaire dise aussi stop à la surconsommation médicale est essentiel. Ce «less is more» doit devenir la norme.

Améliorer la qualité des soins. Il ne faut pas oublier d’informer et d’éduquer les patients à cette nouvelle approche des soins car cela peut être pour certains malades fort déconcertant d’avoir eu pendant des années le même bilan annuel ou préopératoire et que dans le cadre de cette réflexion des examens soient jugés superflus, inutiles ou même nocifs, et ne soient simplement plus pratiqués.

Un patient m’a même révélé être inquiet que le médecin qui a succédé à un confrère retraité n’ait pas fait l’examen complet avec toutes les analyses comme il en avait l’habitude. Il a donc fallu expliquer le pourquoi et surtout montrer que le but premier de ce changement est l’amélioration de la qualité des soins et pas uniquement de faire des économies pour soulager les coûts de la santé.

Ecouter le patient, vraiment! C’est dans ce nouveau contexte que la place du patient au centre de l’ensemble des soins et des soignants est prépondérante. Le patient devient un véritable acteur de sa santé et participe pleinement aux décisions le concernant. L’interprofessionnalité ou le travail en commun de tous les acteurs de la santé dans le seul but d’une amélioration de l’efficience des soins est, comme le principe de la smarter medicine, incontournable. Elle se fonde sur la reconnaissance mutuelle des compétences et du professionnalisme de chaque intervenant. Là encore, ce n’est qu’une excellente formation de base qui permet une qualité optimale des soins.

Des économies bien ciblées. La smarter medicine est souvent mise en avant pour les fortes économies qu’elle permettra de réaliser. Le grand chiffre évoqué, toujours le même, est que 20% des actes médicaux seraient superflus. S’il est vrai qu’il fut un temps où les analyses sanguines, pour ne prendre que cet exemple, étaient standardisées – on faisait la prise de sang de routine –, la situation a bien évolué dans le sens d’une médecine personnalisée et donc plus individualisée dans les demandes d’examens.

Chaque discipline médicale a établi des listes d’examens, de traitements ou d’interventions effectués fréquemment et pas nécessairement appropriés. Si l’on peut évoquer les prises d’antibiotiques par voie orale, le recours trop fréquents à des somnifères ou le nombre d’antidouleurs prescrits, il existe pour chaque spécialité une liste exhaustive dressée directement par les spécialistes, souvent sous forme de Top-5. Les spécialistes parlent à leurs collègues et tout ce mouvement a pris une ampleur considérable dans le seul but d’augmenter la qualité des soins et de lutter contre le gaspillage, en permettant de faire, et tout doit être entrepris dans ce sens, des économies substantielles.

Reste l’aspect juridique de la médecine dite défensive où des traitements et examens peuvent être demandés uniquement pour éviter de ne pas avoir tout entrepris pour le patient. Il s’agit d’éviter le risque juridique de se faire rattraper par une expertise qui pointerait que tel ou tel acte aurait dû être pratiqué.

Une méthode qui s’imposera. La smarter medicine est une lutte pour une médecine améliorée et plus efficiente. Elle pousse à faire émerger la notion d’actes inutiles ou superflus. La médecine défensive, dont les racines sont là encore nord-américaines, n’a pas sa place dans une vision centrée sur la qualité où seule une utilisation adéquate des ressources médicales et chirurgicales est prônée.

La smarter medicine est l’évidence et elle s’imposera par la volonté, tout d’abord des prestataires de soins, car elle répond à une exigence de professionnalisme, puis des patients, pour leur propre bien, afin de maintenir un haut niveau de qualité des soins dans notre pays.

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